Face à la transformation du système électrique, la flexibilité est devenue un levier incontournable pour les industriels. En adaptant temporairement leur consommation, les entreprises peuvent contribuer à l’équilibre du réseau tout en optimisant leurs coûts électriques.
Cependant, tous les mécanismes d’effacement ne reposent pas sur la même logique. On distingue aujourd’hui deux approches de la flexibilité électrique : l’effacement implicite, directement lié à la fourniture d’électricité, et l’effacement explicite, valorisé indépendamment de celle-ci.
Comprendre cette différence est essentiel pour identifier les opportunités de flexibilité les plus adaptées à son activité.
Qu’est-ce que l’effacement électrique ?
L’effacement électrique consiste à réduire ou à décaler temporairement une consommation d’électricité afin de limiter la demande sur le réseau à un moment donné. Il peut concerner de nombreux usages industriels : procédés de production, séchoirs, broyeurs, systèmes de froid, pompage, ventilation, compression d’air…
Cette modulation peut être réalisée pour différentes raisons :
- réduire les coûts d’électricité ;
- répondre à un signal économique ;
- participer à l’équilibre du système électrique en limitant les pointes de consommation ;
- faciliter l’intégration des énergies renouvelables dans le mix électrique.
L’effacement implicite : une flexibilité pilotée par les prix de l’électricité
L’effacement implicite repose sur les signaux tarifaires transmis par le fournisseur d’électricité. Dans ce modèle, l’industriel est incité à adapter sa consommation afin de bénéficier des périodes où l’électricité est plus abondante ou moins coûteuse. La flexibilité est donc directement liée à la fourniture en électricité.
Concrètement, ces signaux tarifaires peuvent conduire l’industriel à :
- réduire certaines consommations ;
- décaler des procédés industriels ;
- reprogrammer des opérations énergivores ;
- optimiser l’utilisation de ses équipements.
Ce mécanisme est notamment proposé au travers de certaines offres de fourniture intégrant des signaux tarifaires incitatifs, comme Tempo ou Sobrio.
Dans ce modèle, la flexibilité constitue souvent une première étape dans une démarche de pilotage électrique.
En pratique, ce type de contrat prévoit généralement une vingtaine de jours de forte contrainte tarifaire par an.
L’effacement explicite : valoriser sa flexibilité au service du système électrique
Contrairement à l’effacement implicite, l’effacement explicite repose sur une logique indépendante de la fourniture d’électricité. La capacité de flexibilité de l’entreprise est valorisée directement sur les mécanismes de marché dédiés à l’équilibrage du système électrique.
L’industriel met à disposition une capacité de réduction de consommation qui pourra être mobilisée lorsque le réseau électrique en a besoin, notamment lors des périodes de forte demande où la production et la consommation nécessite d’être équilibrées.
Cette capacité est généralement agrégée et pilotée par un opérateur d’effacement, comme Enerdigit, qui assure l’interface avec les mécanismes du système électrique.
Lorsqu’une activation est demandée, le site réduit temporairement sa consommation selon les modalités définies en amont.
En contrepartie, l’entreprise perçoit généralement :
- une rémunération fixe liée à la mise à disposition de sa capacité d’effacement ;
- une rémunération variable lorsque des effacements sont effectivement réalisés.
L’effacement explicite permet ainsi de valoriser économiquement la flexibilité disponible sur un site industriel tout en contribuant directement à l’équilibre du réseau électrique.
Il joue également un rôle important dans la transition énergétique. En apportant davantage de souplesse au système électrique, il facilite l’intégration des énergies renouvelables, dont la production est par nature variable, et limite le recours aux moyens de production les plus émetteurs lors des périodes de pointe.
En pratique, les dispositifs d’effacement explicite peuvent prévoir jusqu’à trente jours de sollicitations par an, selon les mécanismes mobilisés et les engagements contractuels.
Les principales différences entre effacement implicite et effacement explicite
| Critère | Effacement implicite | Effacement explicite |
| Lien avec la fourniture
d’électricité |
Oui | Non |
| Déclenchement | Signal prix | Besoin du réseau |
| Objectif principal | Réduire le coût d’achat de
l’électricité |
Valoriser la flexibilité disponible |
| Rémunération spécifique | Non | Oui |
| Interlocuteur principal | Fournisseur d’électricité | Opérateur d’effacement |
| Contribution au réseau | Indirecte | Directe |
Deux approches qui ne peuvent pas être cumulées
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’effacement implicite et l’effacement explicite ne sont pas cumulables sur un même périmètre de consommation.
En effet, pour participer à un dispositif d’effacement explicite et signer un contrat avec un opérateur d’effacement, l’industriel ne doit pas déjà bénéficier d’un mécanisme d’effacement implicite sur les mêmes usages électriques.
Cette règle vise à éviter qu’une même capacité de flexibilité soit valorisée deux fois : une première fois via les signaux tarifaires du fournisseur d’électricité et une seconde fois via la rémunération liée aux mécanismes d’effacement.
L’effacement électrique constitue aujourd’hui un levier majeur de flexibilité pour les industriels. Si l’effacement implicite permet principalement d’optimiser les coûts d’approvisionnement grâce aux signaux tarifaires proposés dans certaines offres de fourniture, l’effacement explicite permet quant à lui de valoriser directement la flexibilité des sites industriels tout en participant activement à l’équilibre du système électrique et à la transition énergétique.
Pour les industriels disposant de consommations modulables, l’enjeu consiste à identifier l’approche la plus adaptée à leurs contraintes opérationnelles, à leurs objectifs économiques et à leur stratégie énergétique.