Après deux années d’attente, la troisième édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) a été publiée au Journal officiel par décret le 13 février 2026. Cette nouvelle feuille de route fixe les orientations énergétiques de la France pour la période 2026-2035, en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone et les engagements climatiques du pays. Passage en revue des éléments clés et implications de cette nouvelle PPE.

Rappel du contexte : qu’est-ce que la PPE ?

La Programmation pluriannuelle de l’énergie est le document de planification qui structure la politique énergétique nationale. Elle définit, sur deux périodes successives de cinq ans, les priorités d’action de l’État ainsi que des objectifs chiffrés en matière de production, de consommation et de transformation du mix énergétique.

Elle intervient dans un contexte marqué par trois impératifs : accélérer la décarbonation, renforcer la souveraineté énergétique et préserver la compétitivité des prix.

Un objectif clair : transformer en profondeur le mix énergétique

La trajectoire affichée est ambitieuse. D’ici 2035, la France vise :

  • une production d’électricité décarbonée comprise entre 650 et 693 TWh (contre 458 TWh en 2023) ;
  • une réduction massive de la consommation d’énergies fossiles, ramenée autour de 330 TWh (contre 900 TWh en 2023) ;
  • une part d’énergie décarbonée portée à 60 % dès 2030, puis 70 % en 2035.
Programmation pluriannuelle de l’énergie, février 2026, chiffres clés

©Bercy. Programmation pluriannuelle de l’énergie, dossier de presse, février 2026, chiffres clés.

Cette transformation suppose une électrification accrue des usages. La demande d’électricité est estimée à 618 TWh en 2035. Pour accompagner ce mouvement, un plan national d’électrification – annoncé pour le printemps 2026 – doit structurer la bascule vers l’électricité dans les transports, le bâtiment, l’industrie et le numérique.

Une stratégie articulée autour de plusieurs piliers

  • La relance du nucléaire

En rupture avec la trajectoire antérieure, qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs, la PPE 3 consolide la position du nucléaire comme pilier du système électrique français. Elle prévoit ainsi :

  • la construction de six réacteurs EPR2, avec des premières mises en service envisagées à partir de 2038 ;
  • une option pour huit unités supplémentaires ;
  • la prolongation et l’optimisation du parc existant (57 réacteurs), avec un objectif de production pouvant atteindre 380 TWh dès 2030.
  • Le renforcement de l’hydroélectricité

La PPE 3 prévoit d’augmenter les capacités de production de 2,8 GW, dont 1,7 GW issus des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), notamment par l’optimisation de structures existantes.

  • L’accélération de l’éolien en mer

L’objectif est de 15 GW installés d’ici 2035, avec un report à 2037 pour l’objectif de 18 GW pour tenir compte des contraintes industrielles et des délais nécessaires au raccordement des parcs au réseau électrique.

  • Un développement ajusté des renouvelables terrestres

La PPE 3 adopte une trajectoire qualifiée de « raisonnée » :

  • Photovoltaïque : 48 GW en 2030 et entre 55 et 80 GW en 2035 (contre près de 30 GW en 2025).
  • Éolien terrestre : priorité à la modernisation des parcs existants pour augmenter la puissance tout en limitant l’impact paysager, avec une cible de 35 à 40 GW en 2035 (contre environ 24 GW en 2025).

Ces objectifs tiennent compte de l’évolution récente de la consommation électrique et des scénarios publiés par RTE.

  • Les énergies bas carbone non électriques

La transition passe aussi par des alternatives décarbonées pour les usages difficilement électrifiables. Leur coût restant supérieur à celui des hydrocarbures, l’État a déployé différents mécanismes de soutien afin d’en accélérer le développement et d’atteindre ses objectifs en matière d’énergies bas carbone, tels que :

  • la chaleur renouvelable et de récupération, appelée à plus que doubler d’ici 2035 ;
  • le biométhane et les biocarburants, dont la production doit fortement croître ;
  • l’hydrogène bas carbone, avec un objectif pouvant atteindre 8 GW de capacités installées.
Programmation pluriannuelle de l’énergie, février 2026, chiffres clés

©Bercy. Programmation pluriannuelle de l’énergie, dossier de presse, février 2026, chiffres clés.

Flexibilité et résilience : des enjeux structurants

La montée en puissance de l’électricité décarbonée, combinée à une part croissante de productions variables, rend indispensable le renforcement des leviers de flexibilité et de la résilience du réseau.

L’enjeu est double : garantir la sécurité d’approvisionnement et adapter les infrastructures à une électrification croissante des usages. Dans cette perspective, le futur plan d’électrification devra assurer la cohérence entre le développement de l’offre et l’évolution de la demande. Quatre groupes de travail sectoriels sont mobilisés pour accélérer la transition vers l’électricité dans les transports, le bâtiment, l’industrie et le numérique.

Pour accompagner cette évolution, l’État et les acteurs de la filière devront adapter le cadre réglementaire, renforcer les investissements dans les réseaux et déployer des leviers de flexibilité permettant de mieux gérer les pointes de consommation. Dans cette perspective, un nouveau mécanisme de capacité entrera en vigueur à partir de l’hiver 2026-2027. Il aura pour objectif d’identifier et de rémunérer, au meilleur coût, les capacités mobilisables lors des pics de demande afin de garantir la sécurité d’approvisionnement du système électrique.

Une trajectoire évolutive

Point important : la PPE 3 intègre pour la première fois une clause de revoyure en 2027 permettant d’adapter les objectifs à l’évolution réelle de la demande énergétique.

Une visibilité saluée par la CRE

La Commission de régulation de l’énergie a salué cette nouvelle étape, soulignant qu’elle offre une visibilité indispensable aux acteurs – notamment nucléaires et renouvelables – pour planifier investissements, recrutements et développement industriel.

La PPE 3 dessine une transformation profonde du système énergétique français à l’horizon 2035. Entre relance du nucléaire, montée en puissance des renouvelables et électrification des usages, la réussite de cette trajectoire reposera autant sur la capacité industrielle que sur l’adhésion des consommateurs et la mobilisation des mécanismes de flexibilité.

Sources :

La CRE salue la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie PPE 3

Le Gouvernement publie la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, une stratégie pour la souveraineté énergétique de la France

PPE 3 : programmation pluriannuelle de l’énergie

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